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Défiscalisation des pourboires prolongée jusqu’en 2028 : retour sur la frayeur qui a secoué la restauration

Pendant plusieurs semaines en 2025, un sujet a fait froncer les sourcils des restaurateurs, des serveurs et de nombreux salariés du secteur : et si la défiscalisation des pourboires s’arrêtait au 1ᵉʳ janvier 2026 ?

Henri Cazaux

Henri Cazaux

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Pendant plusieurs semaines en 2025, un sujet a fait froncer les sourcils des restaurateurs, des serveurs et de nombreux salariés du secteur : et si la défiscalisation des pourboires s’arrêtait au 1ᵉʳ janvier 2026 ? Cette mesure, en place depuis la loi de finances pour 2022, permettait aux employés de toucher leurs pourboires sans les voir diminuer par l’impôt ou les cotisations sociales. C’était un petit mais réel coup de pouce pour beaucoup dans un secteur déjà sous tension.

Une mesure qui comptait vraiment pour le CHR

Traditionnellement, les pourboires sont considérés comme un complément de rémunération et devraient être intégrés au revenu imposable et soumis aux cotisations sociales. Mais depuis 2022, un régime d’exonération fiscale et sociale s’applique quand ces pourboires sont versés, notamment par carte bancaire. Cela signifie concrètement que les salariés touchent 100 % de ce qu’ils reçoivent du client, sans impôt ni charges supplémentaires, et que les employeurs n’ont aucune charge à payer sur ces sommes.


Pour un serveur, un barman ou un commis qui reçoit régulièrement quelques centaines d’euros de pourboires par mois, ce régime représente une augmentation de pouvoir d’achat non négligeable dans un secteur où les salaires restent souvent modestes et où la pénurie de main-d’œuvre est criante.


La menace d’une fin brutale en 2026

À l’automne 2025, certains textes préparatoires au projet de loi de finances pour 2026 laissaient entendre que cette défiscalisation ne serait pas reconduite. Dans un contexte d’efforts pour réduire le déficit public, l’administration fiscale envisageait de revenir à un régime plus classique pour les compléments de salaire, ce qui aurait signifié que les pourboires seraient à nouveau soumis à l’impôt et aux cotisations. Cette simple perspective a suffi à déclencher une vague d’inquiétude chez les professionnels.


Pour les salariés, cela aurait impliqué une baisse réelle de leurs revenus : des sommes aujourd’hui entièrement conservées auraient été amputées par les prélèvements sociaux et fiscaux. Pour les restaurateurs, cela aurait signifié une charge supplémentaire, au moment même où les coûts de fonctionnement grimpent et où recruter reste difficile. La mesure, qui devait expirer faute de nouveau budget voté, est réapparue comme un enjeu symbolique et pratique du débat budgétaire.


Le revirement politique : prolongation jusqu’en 2028

Face à ces inquiétudes, et à une mobilisation implicite du secteur, les députés ont finalement adopté en séance un amendement prolongeant la défiscalisation des pourboires jusqu’au 31 décembre 2028 dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026. Ce texte, soutenu par plusieurs groupes politiques, dont Les Républicains, inscrit la mesure dans une durée plus longue que ce que beaucoup pensaient possible.


La prolongation de cette exonération répond à un objectif précis : maintenir un levier fiscal qui aide à améliorer l’attractivité des métiers de service, aujourd’hui mis sous pression par la concurrence d’autres secteurs et par les attentes croissantes des jeunes générations en matière de conditions de travail et de rémunération.


Pourquoi cette mesure est réellement importante

Au-delà d’un débat technique de budget, cette question touche à l’équilibre même du secteur de la restauration. Dans un métier où une grande part des salariés dépend des pourboires pour compléter un salaire souvent proche du SMIC, perdre l’exonération aurait signifié une baisse de revenu immédiate pour des milliers de professionnels. Cela aurait pu rendre encore plus difficile le recrutement et la fidélisation, deux défis majeurs du secteur depuis plusieurs années.


En prolongeant la mesure jusqu’en 2028, les pouvoirs publics offrent non seulement une visibilité fiscale pour les établissements et leurs équipes, mais aussi un signal fort adressé à la profession : la restauration reste une composante essentielle de l’économie française, et ses spécificités, comme les pourboires, doivent être prises en compte dans les politiques publiques.

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